Pourquoi mon chien aboie, détruit, hurle pendant mon absence ?

Comprendre la fonction d’un comportement, c’est chercher à savoir pour quelles raisons le chien produit ce comportement en particulier, ce que cela lui apporte, quel est le but et l’objectif que le chien cherche à atteindre. Réfléchir selon cette perspective nous permet d’objectiver les comportements, sans chercher à plaquer nos propres interprétations humaines, nos étiquettes et sans faire d’anthropomorphisme. C’est une étape indispensable qui nous permet d’avoir plus d’empathie pour notre chien et de créer un plan de modification comportementale adapté à sa sensibilité.

1. Survivre

Les comportements associés aux problèmes liés à la solitude sont dus à des causes complètement différentes mais sont bien souvent un véritable trouble anxieux à considérer comme tel. Étudier leur fonction nous permet d’éviter de plaquer nos interprétations humaines qui sont chargées en émotions et en anthropomorphisme.

La solitude/ la séparation déclenchent l’activation du système nerveux parasympathique qui va produire les réponses de survie: Fight/ Flight/ Freeze. (se battre/ fuir/ se paralyser) La réponse choisie sera différente en fonction du chien, et les comportements associés également. Ces réponses comprennent les fonctions suivantes:1.

2. Augmenter la distance entre soi et le contexte problématique

Le contexte problématique étant: l’enfermement, l’isolement et l’impossibilité de fuir. Les comportements associés peuvent donc être:

  • tentatives de fuite extrême (et blessures associées)
  • destructions des points de sorties/ d’entrée/ fenêtres
  • & autres comportements anxieux dus à l’impossibilité de fuir (jusqu’à l’inhibition et détresse acquise)

3. Réduire la distance entre soi et son/ ses gardiens

Ces comportements ont pour fonction de retrouver « accès à » de communiquer son mal-être à son gardien pour qu’il revienne:

  • vocalisations intenses (hurlements, aboiements…)
  • destructions des points de sorties/ d’entrée/ fenêtres
  • & autres comportements anxieux dus à l’impossibilité de rétablir ce contact (jusqu’à l’inhibition et la détresse acquise)

4. Se sentir mieux/ rétablir son équilibre interne (homéostasie)

Peu importe la nature de l’émotion de fond (panique, frustration…), si le chien a besoin de décharger une émotion trop forte liée à une absence c’est qu’il y a un problème. Le chien essaie de retrouver son équilibre interne (hormonal, physiologique, émotionnel) en produisant des comportements qui lui font du bien. Ces comportements ne visent en aucun cas à « se venger, vous montrer qui est le chef, ou « vous provoquer »:

  • vomissements, malpropreté
  • vocalisations (hurlements, aboiements)
  • destructions de vos effets personnels, meubles, comportements de déplacement (toilette excessive, tourner en rond)
  • etc…

5. Attirer l’attention ?

La fonction « attirer l’attention » peut être valable pour les comportements de type FOMO (« Fear of Missing Out »: comportements apparaissant directement en moment du départ, sans détresse émotionnelle, plutôt de l’ordre de « l’appel », qui disparaissent quelques minutes plus tard). Or, ces comportements ne durent pas sur le reste de l’absence, le chien est ensuite dans une détente totale. C’est donc facilement reconnaissable et assez rare.

Pour tous les autres comportements qui sont l’expression d’une réponse émotionnelle assez forte (hors comportements liés à l’ennui), dire que le chien cherche à attirer l’attention reviendrait à rendre illégitime son mal-être. Une fois que les signes de stress sont reconnus via la lecture du langage corporel, avancer que le chien « fait semblant » ou « cherche à attirer l’attention » ne fait pas sens. Un chien ne peut pas simuler un état de mal-être.

Pourquoi réfléchir en termes de fonctions comportementales: objectiver pour ne pas interpréter/ étiqueter

Encore beaucoup d’idées reçues et d’interprétations subjectives résident autour des problèmes liés à la solitude. Notre vision de ces comportements est très souvent chargée en émotions (on en veut à notre chien, on ne rend pas légitime sa détresse car « c’est bon il exagère »).

Ces interprétations chargées en émotions font qu’on étiquette les comportements de nos chiens (« il fait du cinéma », « il abuse », « il est têtu »…) Ces étiquettes ralentissent considérablement le travail et c’est la qualité de vie du chien qui en pâtit car on force les durées « parce qu’il va lâcher l’affaire/ ça va passer ».

Réfléchir en termes de fonction nous permet de nous mettre à la place de notre chien et de mieux comprendre quelles émotions motivent ses comportements, pour mieux les modifier.

Anaïs Dethou, SA Pro Trainer

Sources:

‘Canine separation anxiety: strategies for treatment and management.’ (2014), Sargisson, R.J., Veterinary Medicine: Research and Reports.

‘Developing Diagnostic Frameworks in Veterinary Behavioral Medicine: Disambiguating Separation Related Problems in Dogs.’ (2020), de Assis, L.S., Matos, R., Pike, T.W., Burman, O.H.P. and Mills, D.S., Frontiers in Veterinary Science.

‘Separation Anxiety in Dogs: The function of homeostasis in its development and treatment’ (2003)Appleby, D. and Pluijmakers, J.

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