Adoption d’un chien adulte et solitude : à quoi s’attendre les premières semaines ? Que mettre en place pour l’aider ?

Tout d’abord : c’est tout à fait normal si votre chien nouvellement adopté ne supporte pas la solitude les premières semaines post adoption. Et ce pour plusieurs raisons :

  • Perte de repères totale (visuels, olfactifs, affectifs, auditifs, sécuritaires…) : il doit faire face à de nombreux stimuli inconnus qui le submergent et qui , en fonction de l’origine et de la sensibilité du chien, peuvent le mettre dans un état de stress important. Le chien aura besoin de temps pour intégrer et traiter toutes ces nouvelles informations.
  • Insécurisé dans ses attachements et dans son nouvel environnement : le plus souvent, le chien ne connaît pas vraiment ses adoptants, le lien n’est pas crée. Contrairement au mythe du « chien meilleur ami de l’homme », le lien avec nos chiens se construit et s’entretient : le chien nouvellement adopté a, lui aussi, besoin de temps pour apprendre à connaître, faire confiance et à apprécier son nouvel adoptant. Quant à l’environnement, le chien ne sait pas immédiatement que c’est « chez lui ». Il y a donc une phase d’adaptation plus ou moins longue pour que le chien atterrisse et puisse considérer que son lieu de vie est son « safe place ».
  • Mauvaises expériences récentes avec la solitude (vie en chenil, abandon, voyages en camion…) : pour beaucoup de chiens adultes adoptés, il est possible qu’ils aient vécu une expérience traumatisante liée à la solitude juste avant l’adoption. Il leur faudra donc du temps et un apprentissage pour qu’ils soient capables de rester détendus pendant les absences.
  • Niveaux de stress élevés (changements, voyages, sortie de refuge, habituation aux stimuli…) : tous les changements déjà mentionnés créent un niveau de stress élevé chez le chien. Chaque chien exprimera ce stress de manière différente, mais il est possible que pour certains chiens cela s’exprime à travers des comportements étiquettés à tort « d’hyper attachement » : besoins de contacts et de proximité, demande d’attention, du mal à se poser, incapacité à rester seul dans une pièce… Tous ces comportements sont le symptôme d’un stress sous-jacent et d’un attachement encore insécurisé : il sera donc inutile d’ignorer/ de repousser votre chien qui a au contraire besoin d’être sécurisé et rassuré le temps que ses niveaux de stress redescendent.

Que mettre en place pour l’aider ?

Phase de décompression impérative : éviter la sur-stimulation les premières semaines en valorisant le calme, le sommeil, les balades « reniflage », l’enrichissement…

Restez près de lui les premières nuits: dormir avec son chien à son arrivée ne crée pas de problèmes avec la solitude: au contraire cela le sécurise dans son environnement. Si vous ne voulez pas dormir avec lui plus tard, c’est ok: vous l’éloignerez progressivement quand il sera détendu.

Sécuriser le dans son nouvel environnement: laissez le découvrir la maison à son rythme, offrez lui des lieux de couchage au calme, respectez ses moments de sommeil, valorisez une routine stable et cohérente, limitez les mauvaises expériences dans ce nouveau lieu.

Créer du lien, un attachement sécurisé: passez du bon temps avec lui, apprenez à respecter ses limites/ ses peurs, aidez le quand il est en difficulté, comblez ses besoins, donnez lui de la distance et du temps pour observer et intégrer les informations en balade… Devenez son phare dans la tempête, son QG de sécurité pour qu’il gagne progressivement en confiance et en autonomie.

Apprenez à lire son langage corporel: observez votre chien au quotidien. Quel est son langage corporel quand il stress? mange? joue? apprenez à reconnaître ce qu’il aime, qui lui fait peur, le rassure : cela sera crucial pour évaluer sa sensibilité à la solitude.

Diversifiez ses figures d’attachement: si vous êtes plusieurs dans le foyer, faites en sorte que tout le monde s’investisse dans la vie du chien (nourrissage, promenade, jeu). Le but étant de lui montrer qu’il est en sécurité avec plusieurs personnes et pas qu’avec une seule. Si vous êtes seul.e: faites participer vos ami.es ou vos voisin !

Prévoyez des solutions de garde: il est possible que pendant les premières semaines votre chien ne sache pas rester seul. Faites en sorte d’avoir des solutions de garde sous le coude pour ne pas l’exposer à la solitude plus longtemps qu’il ne le tolère pendant l’apprentissage. Lui faire vivre une expérience négative/ traumatisante empirerait la situation !

Faîtes un apprentissage très progressif de la solitude: à l’aide d’une caméra de surveillance et sans nourriture, observez son langage corporel pendant que vous banalisez les départs sans durées puis des durées très progressives (30s, 2min, 5min…)

Progressez à son rythme et répétez: le but de l’apprentissage est d’associer vos départs à des émotions neutres/ relax. Cela demandera de rester sous le seuil de tolérance du chien, et de répéter de nombreuses fois !

Mettez vous à sa place: on sous-estime l’impact qu’une adoption peut avoir dans la vie d’un chien: cela peut être parfois vécu comme un choc. Imaginez votre réaction si vous vous faisiez adopter par des extra terrestres qui ne parlent pas votre langue, que vous ne connaissez pas et qui vous laissent directement seuls et enfermés à double tour dans un endroit qui vous intimide !


Ne paniquez pas !

Encore trop de retours à l’adoption : c’est normal si votre chien, dans les premières semaines post adoption et à un certain degré, vous suit partout, n’aime pas être dans une autre pièce, ne sait pas rester seul… il va progressivement se détendre et vous allez lui montrer qu’il n’y a rien à craindre!

Faîtes vous accompagner par un professionnel à jour dans ses connaissances. Si vous remarquez une sensibilité exacerbée à la solitude, ou que vous n’y arrivez pas: contactez un professionnel spécialisé dans ces problématiques . Il est possible que malgré tout, votre chien souffre d’un problème lié à la séparation.


Anaïs Dethou – Spécialisée en Anxiété de Séparation


A lire également