7 mythes sur l’anxiété de séparation chez le chien

Mon chien fait de l’anxiété de séparation…
Marre d’entendre tout et son contraire sur l’anxiété de séparation? Vous avez tout essayé et ni vous ni votre chien n’y comprenez plus rien? Votre relation en est ternie ? C’est normal !
On parle à tort « d’anxiété de séparation » à tout va . Parlons plutôt de « problèmes liés à la séparation » qui ne sont pas forcément liés à la séparation avec l’humain, mais à l’isolement social et aux émotions négatives que le moment du départ ou la durée d’absence génèrent (peur, panique, frustration, incompréhension…). L’anxiété de séparation (le chien qui se sent anxieux dès que son gardien part, même gardé par une autre personne), reste un problème assez rare. C’est bien souvent un trouble anxieux qui mérite d’être traité en collaboration avec un vétérinaire comportementaliste.
Mais revenons à nos moutons…. car peu importe le problème… rien ne justifie de conseiller la limitation d’affection, la cage, l’ignorance, de ne pas dormir avec le chien, le laisser hurler… et nous allons voir pourquoi rapidement. Et…. pourquoi parfois ça marche ? eh bien nous allons regardez ça de plus près ! Est-ce une raison pour le faire… ? Nous en parlerons également.
1/ La privation d’affection
Les problèmes liés à la séparation/ solitude sont liés à une grande détresse émotionnelle (peur, panique, frustration). Donner au chien confiance en lui et viser un apaisement global dans sa vie sont des aspects fondamentaux du travail de fond. Et cela passe par une relation de qualité avec un gardien qui est là pour guider son chien et combler ses besoins sociaux.
La privation d’affection entraîne une grande incohérence et imprévisibilité dans la vie du chien. Ces deux notions sont de grands facteurs de stress qui vont donc dans le sens inverse de ce que l’on cherche à travailler pour soutenir la thérapie comportementale.
Votre chien ne souffre pas de ce trouble parce que vous lui donner trop d’amour, bien au contraire : aidez le à surmonter ses craintes en douceur, réconfortez le et il en deviendra d’autant plus confiant et sûr de lui.
Comme toujours, l’important est d’apprendre à comprendre et communiquer clairement avec son chien afin qu’il sache à quoi s’attendre. Cela rabaissera sa frustration au quotidien. L’idée n’est pas forcément d’être disponible h24 sur demande, mais de permettre au chien de comprendre quand vous pouvez y répondre, et si vous ne pouvez pas, lui apprendre à s’adapter face à cette légère dose de frustration.
2/ Ignorer votre chien
Assez similaire au conseil précédent, celui ci concerne surtout les moments du départ/ retour.
Pour les départs :
- ignorer crée une grande incompréhension chez le chien et rajoute un stress à une situation qu’il a déjà associée négativement : on rajoute donc de l’huile sur le feu
- plutôt que l’ignorer, on va chercher à banaliser le départ via un travail progressif, ritualisé, associé en amont à du calme et décomposé en fonction de la sensibilité du chien ;
- ignorer un chien en difficulté ne permet pas de maintenir le calme : au contraire, un rituel de départ clair (mots clé/ geste/ câlin) permet de d’augmenter la prévisibilité de ce moment et donner plus de contrôle au chien sur la situation car il sait ce qu’il va se passer
- si le travail de fond est bien fait et que le chien a banalisé les départs, il n’y aura pas de montée en tension à ce moment et donc la question ne se pose pas
Pour les retours :
- un chien sera toujours content de vous revoir, même si l’absence s’est très bien passée, et vous l’êtes aussi, alors autant en profiter pour se dire bonjour !
- ignorer un chien hystérique à votre retour car il a stressé toute l’absence ne changera rien au problème de fond : rassurez le pour le calmer, et attelez vous à travailler le problème global.
3/ Mettre le chien en cage
Face au désespoir de voir sa maison en ruines et les conséquences financières, on peut facilement chercher à « contenir » le chien pour que les comportements ne se produisent plus. Problème réglé pour vous, mais pour votre chien ?
Mettre en cage un chien qui détruit ou aboie pour cause de détresse émotionnelle revient à mettre un pansement sur une plaie ouverte et infectée. On ne traite pas, on ne soigne pas : on camoufle les symptômes. Arrangeant pour l’humain, mais impactant sur la qualité de vie générale du chien.
Votre chien aime sa cage ? Très bien, dans ce cas, laissez la porte ouverte ! Un chien calme enfermé dans une cage pendant des heures peut en réalité subir la situation sans pouvoir s’exprimer. Cela pourra avoir des répercussions sur d’autres aspects de sa vie (réactivité, problèmes de comportement, stress chronique) en plus de l’insécuriser dans son quotidien.
Pourquoi parfois ça fonctionne ? C’est vrai, certains chiens s’y adaptent très bien. Certains chiens s’adaptent mal aux situations où ils ne savent quoi proposer, où il y a trop de choix, et personne pour les guider. Cela génère de la frustration et peut entraîner des problèmes liés à la séparation. La cage va donc permettre de réduire les options et donc de montrer au chien « quoi faire » en limitant ses mouvements. On peut s’inspirer du même fonctionnement en réduisant l’espace de confinement (barrière bébé, parc, pièce…) ainsi qu’en créant des apprentissages fiables. Cependant, permettre au chien de pouvoir gérer sa température, marcher, bouger pendant les absences est un devoir éthique et cela ne coïncide pas avec la cage. On sait et on peut faire mieux !
4/ Ne pas dormir avec son chien
Dormir avec son chien n’a rien à voir avec les problèmes liés à la séparation. Au contraire : une meilleure qualité de sommeil entraîne une meilleure intégration des apprentissages et une meilleure stabilité émotionnelle. Tout bénèf pour l’apprentissage de la solitude !
Forcer son chien à dormir ailleurs alors qu’il n’est pas à l’aise peut avoir des répercussions sur sa qualité de sommeil, son stress chronique et sa qualité de vie. Si vous ne voulez pas que votre chien dorme avec vous, c’est tout à fait valable, mais c’est à travailler progressivement si cela lui pose problème.
5/ Laisser son chien hurler
Laisser son chien hurler ne pas va faire qu’il « va s’habituer ». Au contraire, cela peut le sensibiliser aux absences et ancrer son association négative avec la solitude. Plus cette association est installée, plus il peut être long de la défaire. Dans le pire des cas, l’immersion est telle que chien abandonne et finit par subir/ s’épuiser.
Pourquoi parfois cela fonctionne ? Car les problèmes liés à la séparation ne sont pas forcément causés par de la peur, mais souvent par une légère frustration au moment du départ. Si les aboiements du chien ne vous font pas revenir, alors ils ne seront pas renforcés, et ils vont diminuer en intensité/ fréquence. Attention, si on applique cette méthode sur le mauvais problème… on va l’empirer. C’est risqué ! Surtout qu’on sait faire mieux, même lorsque c’est « juste » de la frustration au moment du départ.
6/ C’est de votre faute !
Les problèmes liés à la séparation ont des causes diverses et multi factorielles. Quand le problème est avéré et qu’une réelle détresse émotionnelle est diagnostiquée, ce n’est pas une question d’éducation. Vous pouvez avoir fait tout ce qu’il faut, avoir une super relation, votre chien a une sensibilité qui lui est propre (facteurs génétiques, conditions de début de vie, causes environnementales…). On n’irait pas dire à une personne claustrophobe qu’elle l’est car elle est trop attachée à sa mère !
Ce que vous pouvez contrôler :
- comment vous apprenez la solitude à votre chien
- comment vous gérer les transitions de retour au travail (passage sur des durées d’absences longues, retour de vacances)
- pouvoir former un lien d’attachement sécurisé avec votre chien (savoir lire son langage corporel, le comprendre, s’intéresser à ce qu’il fait, être son repère, être sécurisant)
- lui fournir une routine et un environnement adapté (prévisibilité, adaptée à ses besoins, apaisant)
- éviter le stress chronique dans son quotidien (environnement de balade, quantité de croisements, sécurisation globale…)
7/ La nourriture règle tout
Donner un kong à un chien au moment de votre départ fait office de distraction. S’il le mange et que cela lui suffit à ne pas monter en frustration quand vous partez ; très bien cela peut suffire. Cela ne lui apprend rien, mais limite le moment problématique où il se retrouve le nez collé à la porte fermée, sans rien à faire, qui génère beaucoup d’agacement/ incompréhension.
S’il le mange et qu’au moment où il a terminé, il commence déjà à s’agiter/ monter en tension : cela ne fait que repousser le « début » du problème, mais le problème est le même. C’est ce qui peut être le piège quand on cherche à « apprendre » la solitude à un chiot ou nouveau chien avec la nourriture : ce n’est pas parce que le chien mange, qu’il se sent bien. Cela peut masquer son langage corporel et donc fausser vos interprétations quant à la réussite de l’exercice. D’un coup, vous passez sur des absences plus longues … et… bim, ça se passe mal, car le kong ne durera pas 3H.
Beaucoup de chiens ne toucheront pas à la nourriture en absence, soit parce qu’ils sont déjà en mode « survie » et leur appétit est coupé, soit parce que leurs motivations ne sont pas les mêmes en votre absence même s’ils se sentent neutres, ils deviennent plus « passifs ».
Mais ne vous attendez pas à régler votre problème avec un kong ou une gamelle pour « associer l’absence à un moment positif » : vous donnez le kong avant de partir, donc c’est le kong qui annonce votre départ et qui est associé à du négatif, et pas l’inverse… Sinon il faudrait que le kong apparaisse par magie après votre départ, pour que l’ordre des choses soit le bon.
De nombreux chiens finissent par éviter le kong voire développer des troubles alimentaires lorsque la nourriture est associée aux absences problématiques. Attention : on n’utilise pas les besoins primaires du chien pour travailler.
Le mieux reste de travailler avec des exercices simples sans nourriture, pour que le chien observe ce qu’il se passe, process les informations et apprennent. Que nous, humains, puissions observer son langage corporel et nous adapter à SON rythme.
Certains chiens peuvent bien réagir à des exercices de calme avec récompenses au retour, mais il faut que ce soit très bien mis en place, que cela ne réhausse pas les niveaux d’éveil du chien, et que cela façonne une véritable relaxation et non une « attente active » de la friandise. C’est parfois assez peu applicable au réel sur le long terme, car le chien ne va pas « patienter » à la même place pour une friandise toute la durée d’absence… Le plus simple reste la banalisation des absences sans friandises mais en donnant aux chiens les compétences et outils pour qu’ils réussissent à s’adapter au fil de la durée.
Pas de solutions magiques…
Le point commun à toutes ces solutions: elles visent une résolution rapide/ magique du problème. Prenez le temps via un vrai bilan comportemental de comprendre la nature du problème dans un premier temps pour ajuster les solutions en fonction. Tous les problèmes ne se valent pas, et toutes les solutions non plus… Ce qui peut avoir marché pour un chien, empirera la situation de l’autre. Il n’y a pas de vérité absolue, tout est nuance, il faut s’adapter à l’individu et ce qu’il ressent !
C’est un investissement sur le long terme, pour une progression durable et fiable dans le temps.
